Le 16 janvier 2001, un homme tombe sous les balles au Palais de Marbre. Un jour comme un choc, un pays suspendu. Vingt-cinq ans plus tard, Laurent-Désiré Kabila appartient à la mémoire nationale congolaise autant qu’à l’histoire politique.
Un nom que le pays n’oublie pas
Pour beaucoup, celui qu’on appelait affectueusement “Mzee” n’est pas seulement un ancien président.
C’est un repère, un point d’entrée dans un moment décisif de la nation : la fin de la longue ère Mobutu, la réapparition du mot « Congo » et l’espoir d’un renouveau.
Son accession au pouvoir en 1997 fut vécue comme un souffle : l’irruption d’un homme perçu comme simple, proche du peuple, parlant sans détour, refusant l’humiliation d’un pays affaibli.
Un souvenir nourri d’actes
La mémoire de Mzee ne repose pas uniquement sur le symbole.
Elle se nourrit de gestes et de décisions qui marquent encore :
• le retour au nom République démocratique du Congo, signe d’une renaissance nationale
• le franc congolais, qui replace l’économie sous ancrage local
• la réaffirmation de la souveraineté dans un pays fragmenté
• le rejet des tutelles étrangères, qui redonne une dignité politique
• les premiers efforts de reconstitution d’un État affaibli
Même lorsque ses politiques ont été contestées, elles ont laissé une trace. Celles d’un dirigeant qui voulait un pays debout.
Un décès qui ouvre une blessure
Son assassinat reste entouré de beaucoup des questions. Pas de vérité claire, pas d’explication définitive. La mémoire collective remplit alors le vide : trahison, complot, punition politique, acte isolé. Chacun projette sa vérité.
Cette absence de réponse est devenue elle-même un élément de mémoire.
Une figure qui vit dans les gestes du quotidien
Dans les dates commémorées,
dans les monuments,
dans les noms de rues,
dans les récits transmis dans certaines familles,
dans l’imaginaire de la jeunesse née après sa mort,
Mzee n’a jamais quitté l’espace public.
Il est évoqué comme un combattant, un patriote, parfois comme un homme imparfait, mais surtout comme quelqu’un qui a essayé.
La part humaine derrière le symbole
La mémoire populaire n’oublie pas que Mzee était aussi un homme :
• parfois brusque
• parfois secret
• mais animé par une conviction centrale : le Congo appartient aux Congolais
On retient ses paroles simples, son habit militaire constant, son refus de compromis qu’il jugeait contraires à l’intérêt national.
Un héritage qui dépasse le pouvoir
Aujourd’hui, il n’est plus question de juger seulement son gouvernement, ses limites ou ses décisions. La mémoire de Mzee se situe ailleurs : dans le rôle qu’il a joué pour réveiller un sentiment collectif longtemps étouffé.
Pour beaucoup, il a rendu au pays quelque chose d’essentiel : la certitude qu’il pouvait se reconstruire par lui-même.
Kabila dans la conscience congolaise
Sa place dans la mémoire est singulière : ni mythe sacré, ni personnage effacé, mais une figure qui oblige à regarder le Congo autrement.
Un homme venu du maquis qui n’a pas eu le temps de terminer ce qu’il avait commencé. Un dirigeant dont le nom continue d’accompagner les interrogations sur l’avenir : Que devient le Congo ? Où va-t-il ? Que veut-il être ?
