Comment en arrive-t-on là ? Comment un État qui se dit de droit peut-il laisser un citoyen sombrer au point d’en devenir méconnaissable ? La photo qui circule aujourd’hui n’est pas un simple choc visuel : elle est l’acte d’accusation d’un régime qui, à force d’excès de zèle sécuritaire, a perdu le sens de la limite et de l’humanité.

À Kinshasa, un conducteur de moto-taxi — un wewa, comme on les appelle — raconte avoir été arrêté à Mokali, dans la commune de Kimbanseke, pour un fait aussi banal qu’absurde : avoir dépassé l’escorte d’un général des Forces armées. Pour ce « crime », il affirme avoir été privé de liberté pendant sept mois, enfermé dans un cachot de police, sans jugement, sans avocat, sans voix. Sept mois d’oubli administratif et d’arbitraire pur.

Le résultat est visible. Le corps parle quand la justice se tait. L’homme apparaît aujourd’hui amaigri à l’extrême, affaibli, incapable même de se tenir debout. Ce n’est plus seulement une détention abusive : c’est une destruction lente, méthodique, indigne d’un État qui prétend rompre avec les pratiques du passé.

L’arbitraire comme mode de gouvernance

Sous le régime de Félix Tshisekedi, les discours officiels promettaient la fin des arrestations arbitraires et le respect des droits humains. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. La chaîne de commandement sécuritaire fonctionne comme un espace d’impunité où le simple nom d’un « général » suffit à justifier l’humiliation, la détention illégale et la souffrance extrême d’un civil sans défense.

La question est simple : jusqu’où ira ce pouvoir ?
Aujourd’hui, un moto-taxi. Hier, des militants, des journalistes, des activistes. Et demain ? Les généraux eux-mêmes ne sont-ils pas, à leur tour, arrêtés, recyclés, sacrifiés au gré des calculs politiques ? Quand l’arbitraire devient la norme, personne n’est à l’abri.

Un État fort ou un État brutal ?

Traiter un être humain de la sorte n’est ni une bavure ni un accident. C’est le symptôme d’un système qui confond autorité et brutalité, sécurité et répression. La force d’un État ne se mesure pas au nombre de cachots qu’il remplit, mais à sa capacité à protéger les plus faibles face aux plus puissants.

Ce témoignage pose une interpellation directe au régime de Tshisekedi : peut-on encore parler de changement quand les corps des citoyens racontent la continuité de la violence d’État ? Tant que de tels actes resteront impunis, les slogans sur l’État de droit resteront des mots creux, noyés dans la souffrance silencieuse des victimes.

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