Une semaine après son enlèvement, l’affaire Nathanaël Onokomba prend un tournant aussi brutal qu’inquiétant.
Le leader du mouvement Jeunesse Extra-Système, disparu le 5 janvier après avoir été embarqué par des hommes armés, a finalement refait surface — non pas devant un magistrat civil, mais à la prison militaire de Ndolo, bastion redouté où le politique et le sécuritaire s’entremêlent depuis trop longtemps.

Du secret à la militarisation du dossier

Sans notification préalable ni accès à ses proches, l’activiste a été transféré sous l’autorité du Conseil national de cyberdéfense, qui a transmis son dossier au parquet militaire.
Ce glissement institutionnel — du civil au militaire — est en soi un signal alarmant : il rattache désormais le sort du jeune opposant à un appareil qui, historiquement, ne s’embarrasse pas des subtilités de procédure.

Une avalanche d’accusations graves — et floues

Les charges annoncées donnent le vertige.

Onokomba est accusé de :
• provocation ou incitation à des actes terroristes
• apologie du terrorisme
• diffusion de fausses informations par voie électronique
• négation, minimisation ou justification de crimes internationaux et violences sexuelles
• propagande portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation,
délit réprimé par l’article 206 du Code pénal militaire.

Autrement dit : l’État dégaine tout l’arsenal rhétorique réservé aux ennemis de la République pour un militant jusque-là connu pour ses mobilisations pacifiques, ses prises de parole acérées et son influence sur la jeunesse urbaine.

La défense dénonce un procès politique

Pour Me Godefroy K. Mwanabwato, ce catalogue d’infractions relève d’une stratégie bien rodée :
criminaliser la dissidence en la repeignant en menace sécuritaire.

« Sept jours d’illégalité totale, puis l’apparition miraculeuse d’accusations aussi excessives qu’invérifiables : si ce n’est pas une instrumentalisation de la justice, qu’est-ce que c’est ? », déplore l’avocat.

L’affaire bascule ainsi du domaine du droit à celui du rapport de force : les juges militaires deviennent arbitres d’un débat politique que le pouvoir ne veut plus mener en public.

Un pouvoir qui parle en silence

Le ministre de la Justice, déjà critiqué pour avoir justifié des « détentions administratives » hors cadre légal, voit désormais son discours mis en pratique :
un civil, interpellé sans mandat, est jugé selon les règles de la guerre.

La Constitution ?
Le droit à un avocat ?
La présomption d’innocence ?
Des principes relégués au second plan, quand ils ne sont pas balayés d’un revers de main.

Un avertissement à toute une génération

Car derrière Onokomba, ce sont :
• des influenceurs politiques de quartier,
• des collectifs citoyens,
• et des jeunes militants indépendants,
qui comprennent le message : ne franchissez pas la ligne rouge invisible.

Mais quelque chose bouge.
La société civile se réveille, les ONG observent, et les avocats refusent de s’incliner.

Le test Onokomba

Ce dossier dira beaucoup de la RDC de 2026 :
• un État capable d’arrêter un activiste et de le poursuivre comme un insurgé ?
• ou une démocratie prête à corriger le tir, respecter ses procédures et écouter ses citoyens ?

Pour l’heure, un jeune homme dort en cellule militaire, sa liberté suspendue aux humeurs d’un système qui confond contestation sociale et insurrection armée.

Son combat, désormais, dépasse son nom : c’est celui du droit de parler — et d’exister — hors des rails du pouvoir.

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