Il y a six mois encore, l’hypothèse semblait exclue.
À Kinshasa, Félix Tshisekedi rejetait toute idée de dialogue politique, soupçonnant ses promoteurs de préparer une déstabilisation.
Les manifestations, les appels des Églises et les mises en garde de l’opposition étaient balayés au profit d’une stratégie d’affrontement assumée.
L’option extérieure : pari coûteux et résultats limités
Dans la séquence qui s’ouvre alors, Kinshasa prend ses distances avec Luanda, pourtant mandaté par la région. Le pouvoir préfère diversifier ses soutiens, notamment à travers des démarches diplomatiques à Washington, Doha et dans plusieurs chancelleries, dans l’espoir d’obtenir un appui sécuritaire et une pression internationale sur Kigali.
Ce recentrage n’est pas neutre :

– il implique, côté congolais, une offre accrue d’accès aux ressources ;
– il s’inscrit dans une géopolitique où les minéraux stratégiques congolais – cobalt, cuivre, lithium – sont devenus des monnaies d’influence.
Mais ce repositionnement se heurte vite à un plafond.
Aucune puissance extérieure ne s’engage réellement sur le terrain ; les rapports s’accumulent, les discours se durcissent, mais la situation sécuritaire à l’Est évolue peu. Dans certaines capitales africaines, on s’agace de voir Kinshasa bouder une médiation régionale conçue justement pour éviter les impasses diplomatiques.
Retour forcé aux mécanismes régionaux

Le tournant intervient cet automne : face à la progression militaire du M23 et à la pression interne, Tshisekedi rouvre discrètement le canal angolais.
Deux visites successives à Luanda et une rencontre lundi 12 janvier à Lomé marquent un changement d’approche assumé.
Le chef de l’État cherche visiblement à rééquilibrer son jeu diplomatique, en revenant dans le giron régional après un virage extraverti coûteux.
Dans le même temps, les voix ecclésiales (CENCO et ECC) et des acteurs politiques jusque-là marginalisés sont rappelés au centre des discussions. L’Angola sonde même l’opposition, signe d’une recomposition accélérée des interlocuteurs.
Le coût politique du temps perdu

Ce retournement n’est pas sans conséquences.
Il expose le pouvoir à un double procès :
Sur le plan interne, celui d’avoir tardé.
Le refus prolongé du dialogue a attisé les tensions, durci les positions et provoqué des affrontements qui auraient pu être évités.
Sur le plan régional, celui d’avoir cherché des solutions hors du continent avant de revenir à celles qui étaient disponibles.
Une posture mal comprise, y compris parmi des alliés traditionnels.
Une fenêtre fragile
Aujourd’hui, une chose est acquise : le dialogue redevient le point central. Non pas par choix idéologique, mais parce qu’aucune alternative n’a produit de résultats tangibles.
Reste à savoir s’il s’agira d’un processus structuré, inclusif et assumé, ou d’un exercice tactique destiné à gagner du temps en année électorale.
C’est sur ce point que se jouera désormais la crédibilité du régime.
Dans un autre volet, selon certaines sources, plusieurs politiciens se sont entretenus avec le président angolais et actuel président de l’Union africaine, lui demandant d’être leur porte-voix auprès du président Félix Tshisekedi afin que le cessez-le-feu soit activement respecté.
Dans le même registre, le président João Lourenço s’est entretenu avec l’ancien président et initiateur de la plateforme politique Sauvons le Congo. Il a également envoyé une correspondance à l’AFC/M23, mais cette dernière se montre déjà méfiante à l’égard de ce processus, au regard du comportement du président de la République, Félix Tshisekedi, qu’elle juge ne pas respecter les accords. Elle pose par ailleurs des conditions à sa participation à ce dialogue inclusif.

La CENCO et l’ECC sont également attendues cette semaine à Luanda pour un entretien avec le président angolais.
Rappelons qu’il y a quelques jours, Kinshasa a conclu un accord militaire avec la Tanzanie en vue du déploiement de troupes pour sécuriser le Katanga. Toutefois, le président angolais a proposé une autre option politique quant à cette démarche.
