L’attaque meurtrière perpétrée dimanche 11 janvier à Bukama, dans le Haut-Lomami, marque le retour au premier plan d’une menace que Kinshasa espérait contenir. Huit morts, dont six miliciens et deux civils, ainsi que plusieurs blessés graves : le bilan provisoire témoigne de la persistance, voire de la résilience, des réseaux Bakata Katanga dans cette région frontalière.
Un front longtemps considéré comme secondaire
Depuis plusieurs années, l’attention sécuritaire et diplomatique se focalise sur l’Est de la RDC, où les FARDC font face à une mosaïque de groupes armés, dont le M23.
Pendant ce temps, l’ancien Katanga demeure traversé par des tensions latentes, entretenues par :
• des milices indépendantistes organiquement liées à l’histoire du sécessionnisme katangais,
• des fragilités socio-économiques persistantes,
• des rivalités autour de la gestion des ressources minières et routières.
L’incursion de Bukama illustre que ces foyers ne sont pas éteints malgré une baisse visible des offensives depuis 2021.
Un État sous pression et une administration locale exposée
L’administrateur du territoire, Mamadou Kalenga Wanonda, affirme que des indices précurseurs avaient conduit à un renforcement des troupes dès la veille.
Si cette vigilance a permis une riposte rapide, elle révèle aussi :
• les limites des dispositifs de prévention,
• la porosité du contrôle territorial,
• et la capacité des milices à surprendre les forces loyalistes.
L’armée annonce avoir repris le contrôle et mené des opérations de ratissage. Mais, sur le terrain, la population reste cloîtrée, signe que la confiance demeure fragile.
Le séparatisme katangais, une cause jamais complètement éteinte
Le groupe Bakata Katanga continue de capitaliser sur un imaginaire politique puissant : celui d’une province riche qui se juge marginalisée par Kinshasa.
Si ses effectifs sont plus dispersés qu’au début des années 2010, le mouvement bénéficie :
• d’un enracinement mémoriel local,
• de complicités logistiques informelles,
• et, selon certains analystes, d’une instrumentalisation politique périodique à l’approche d’échéances nationales.
Pour l’instant, l’incident de Bukama reste circonscrit. Mais il rappelle que, loin du tumulte médiatisé de l’Est, la lutte pour la consolidation de l’État congolais continue de se jouer sur plusieurs fronts simultanément.
