La décision du ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, de suspendre toute activité minière artisanale dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga continue de provoquer une onde de choc dans cette région stratégique de la République démocratique du Congo. Intervenue en cette période de fêtes, traditionnellement marquée par une intensification des échanges économiques, la mesure a rapidement dégénéré en crise sociale, sécuritaire et économique.
Le 19 décembre 2025, le ministre des Mines a signé l’Arrêté n° 00964, suspendant avec effet immédiat le traitement et la commercialisation des minerais de cuivre et de cobalt issus de l’exploitation minière artisanale sur l’ensemble du territoire congolais. L’objectif affiché par les autorités est de lutter contre la fraude, les envahissements illégaux des concessions industrielles et de renforcer la traçabilité de la production, en alignant la filière sur le monopole de l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC). Sur le terrain, cette décision est toutefois perçue comme brutale et insuffisamment préparée.
Les conséquences sont immédiates. Les sites miniers sont à l’arrêt et les chaînes d’approvisionnement paralysées. Des milliers de creuseurs artisanaux, d’ouvriers et de petits opérateurs se retrouvent brutalement sans revenus, au moment même où les charges familiales sont les plus lourdes. Dans ces provinces où l’économie locale dépend largement de l’exploitation minière, l’impact est sévère : entreprises fragilisées, commerces à l’arrêt et montée accélérée de la précarité.
À Kolwezi, la contestation s’est intensifiée ces derniers jours. Plusieurs routes ont été barricadées par des creuseurs artisanaux opposés à la suspension des activités des entités de traitement des substances minérales issues de l’exploitation minière artisanale de la filière cupro-cobaltifère. Les manifestants dénoncent un arrêté ministériel jugé brutal, pris sans concertation ni mesures d’accompagnement, alors que des milliers de familles dépendent directement de ce secteur pour leur survie.
Toujours à Kolwezi, la situation a pris une tournure dramatique. Des affrontements ont éclaté dans le quartier Kanina entre des creuseurs artisanaux et des agents de sécurité, faisant plusieurs morts selon des sources locales. Ces échauffourées témoignent du niveau de tension atteint sur le terrain, les manifestants exprimant leur rejet catégorique de l’arrêté ministériel suspendant temporairement les activités de traitement et de commercialisation des minerais issus de l’exploitation artisanale.
Les autorités provinciales font désormais face à une dégradation rapide du climat sécuritaire. Des zones autrefois animées par l’activité minière sont aujourd’hui menacées par l’insécurité et la désolation. Des familles endeuillées, des travailleurs sans ressources et des communautés entières plongent dans l’incertitude, redoutant une aggravation des troubles sociaux.
Face à cette situation explosive, la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, a pris des mesures transitoires en attendant l’arrivée d’une commission du ministère des Mines. Elle a autorisé l’accès des camions bloqués aux usines de traitement et invité ces dernières à reprendre la réception des produits miniers afin de désengorger les routes et de préserver l’ordre public. Les creuseurs artisanaux sont, pour l’heure, autorisés à poursuivre leurs activités.
Ces décisions provisoires restent toutefois insuffisantes pour apaiser les tensions. Au Lualaba comme au Haut-Katanga, les acteurs du secteur minier et les communautés locales attendent désormais une clarification urgente de la mise en œuvre de l’arrêté ministériel et des mécanismes d’accompagnement social, afin d’éviter qu’une réforme destinée à assainir la filière ne se transforme, en pleine période de fêtes, en crise sociale et sécuritaire durable.

