La Fondation Bill Clinton pour la Paix (FBCP) alerte sur la détention de 18 officiers supérieurs de l’armée et de la police congolaises dans un cachot clandestin situé dans les annexes du Palais de Marbres à Kinshasa. Selon l’organisation de défense des droits humains, la majorité de ces officiers proviendrait de l’ex-province du Katanga.
Aucun d’entre eux n’aurait été présenté devant un juge pour connaître les motifs de leur arrestation, en violation du droit congolais, souligne la FBCP. L’ONG s’appuie sur plusieurs témoignages, dont un enregistrement audio largement partagé sur les réseaux sociaux, dans lequel un officier détenu évoque des infections graves, notamment génitales, attribuées aux conditions sanitaires « déplorables » de leur détention.
La FBCP rappelle que la fermeture des lieux de détention clandestins figurait parmi les promesses faites par le président Félix Tshisekedi en 2018, promesse qui n’aurait jamais été concrétisée selon l’organisation. Elle indique par ailleurs que plusieurs personnes continueraient d’être détenues dans des lieux secrets de la capitale, parfois pour des faits relevant du droit commun.
Des détentions illégales documentées par la société civile
Cette situation n’est pas isolée. Des organisations de défense des droits humains dénoncent depuis plusieurs années l’existence de cachots clandestins non inspectés, souvent gérés par l’Agence nationale de renseignement (ANR) ou l’ex-DEMIAP. Ces lieux échappent au contrôle judiciaire et aux inspections pénitentiaires, contribuant à des détentions arbitraires et à des violations de la Constitution, qui garantit la liberté individuelle et la protection contre l’arrestation arbitraire.
En 2024, plusieurs personnes ont été retenues sans accès à leurs familles ni à des avocats dans le cadre de l’enquête sur la mort d’un garde du corps du président, en violation de l’article 18 de la Constitution congolaise.
Arrestations de militaires dans un contexte politique tendu
Des sources internationales et organisations de surveillance des droits humains rapportent également que des officiers militaires ont été arrêtés ou placés en résidence surveillée ces derniers mois, souvent pour des motifs liés à la sécurité de l’État ou à des allégations de collusion avec des groupes rebelles, sans poursuites judiciaires transparentes. Un porte-parole de l’armée évoque des arrestations de généraux pour des « actes hautement répréhensibles portant atteinte à la sécurité de l’État », affirmant toutefois que ces officiers seraient retenus « dans des conditions acceptables » et sous enquête — une version qui contraste avec les allégations de détentions clandestines sans cadre légal.
Pression sur les activistes, journalistes et civils
Parallèlement, des activistes, journalistes et défenseurs des droits humains ont été arrêtés de manière arbitraire après des manifestations pacifiques ou pour avoir critiqué les autorités, souvent sans information sur leur lieu de détention ni sur les motifs de leur arrestation, constituant une autre violation grave de la Constitution qui protège la liberté d’expression et d’association.
Conditions de détention et respect des droits humains
Les conditions de détention en RDC, dans les centres identifiés, restent largement préoccupantes, avec des cas de surpopulation carcérale, de manque d’accès à des soins médicaux adéquats, et de non-respect des normes minimales en matière de traitement des détenus, que ce soit dans des prisons officielles ou des lieux tenus secrets.
Un cadre juridique et constitutionnel bafoué
Ces pratiques bafouent l’article 16 de la Constitution congolaise et les normes internationales auxquelles la RDC est partie, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui interdisent les arrestations et détentions arbitraires et exigent que toute privation de liberté soit conforme à la loi et à un processus judiciaire équitable.
La FBCP appelle les autorités congolaises à mettre fin immédiatement à ces pratiques, à présenter les détenus devant des juges compétents et à garantir le respect des droits fondamentaux.
