Après sept ans de silence, Joseph Kabila choisit de s’exprimer depuis Goma, au cœur d’un pays qui s’enfonce dans la crise. Ce n’est pas une sortie médiatique ordinaire. C’est un acte politique. Et surtout, un signal d’alarme que le pouvoir en place ne peut plus ignorer.

Premier coup de tonnerre : il évoque une « soudanisation » de la RDC.

Le mot est brutal, mais il dit tout — un État qui se fragmente, des territoires qui échappent au contrôle, une guerre qui s’installe. Ce n’est plus une dérive, c’est un basculement.

Deuxième charge : la gouvernance actuelle.

Kabila parle de dictature, de Constitution piétinée, de pouvoir accaparé par un clan. Là encore, le propos choque, mais il entre en résonance avec un malaise réel dans le pays, où l’autorité de l’État s’effrite et où la défiance grandit.

Troisième point, sans doute le plus accablant : le choix de la guerre.

Là où lui revendique avoir imposé la paix en 2001 par le dialogue inclusif, il accuse le régime actuel d’avoir fait le pari inverse — celui de la confrontation permanente. Résultat : cinq ans plus tard, la guerre est toujours là, plus enracinée que jamais.
Autre révélation lourde de conséquences : l’accord politique conclu en 2019 entre sa famille politique et Félix Tshisekedi. Kabila affirme en détenir l’unique copie, conservée volontairement pour éviter qu’elle ne soit niée ou manipulée. Ce détail n’en est pas un. Il suggère que les bases mêmes du pouvoir actuel reposeraient sur un compromis aujourd’hui renié — et donc sur une légitimité politique fragilisée.
Mais Kabila ne s’arrête pas au constat. Il franchit une ligne politique majeure en invoquant l’article 64 de la Constitution, appelant les Congolais à faire échec à tout pouvoir qui s’exerce en dehors du cadre légal. Ce n’est plus une critique mais c’est une mise en cause directe de la légitimité du régime.

Enfin, il tranche sans détour : ce système doit tomber. Pas être réformé. Pas ajusté. Remplacé. Et avec lui, une classe politique jugée incapable de répondre aux défis du pays.
On peut contester l’homme. On peut discuter son bilan. Mais une chose est sûre : quand un ancien chef de l’État parle de dérive autoritaire, de guerre mal choisie, d’accords reniés et de risque d’implosion nationale, ce n’est pas anodin.
Kabila ne cherche pas à plaire. Il cherche à alerter.
Et cette fois, ignorer son message pourrait coûter beaucoup plus cher que de l’écouter.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *