À Bruxelles, le consortium Urgence DRC a choisi d’internationaliser le débat sur la situation des droits humains en République démocratique du Congo. Devant la presse, ce 27 février, ses membres ont dressé un constat sévère : les violations seraient graves, répétées et, dans certains cas, systématiques, aussi bien dans les zones sous contrôle gouvernemental que dans celles sous emprise des rebelles de l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 Mars (AFC/M23).

La déclaration a toutefois été brièvement perturbée par des jeunes se réclamant du pouvoir en place, venus invectiver et menacer les organisateurs. Un incident que les membres du consortium interprètent comme une illustration supplémentaire du climat d’intimidation qu’ils dénoncent, y compris au-delà des frontières nationales.

Selon le document lu devant les journalistes, la période allant d’octobre 2025 à janvier 2026 a été marquée par une recrudescence d’intimidations, d’enlèvements, d’actes de torture, d’assassinats ciblés et de détentions arbitraires. Les principales victimes seraient des acteurs politiques de l’opposition, des défenseurs des droits humains et des journalistes. Des figures du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), notamment Emmanuel Shadary et Aubin Minaku, sont citées parmi les personnalités visées, aux côtés d’autres opposants tels que Parole Kamizelo et Nathanaël Onokomba. Pour le consortium, ces faits traduisent un rétrécissement préoccupant de l’espace civique et une instrumentalisation des appareils sécuritaires à des fins politiques.

Plusieurs cas jugés emblématiques ont été mis en avant. À Kinshasa, le 1er mai 2024, une citoyenne aurait été arrêtée pour ce qui est présenté comme un « délit de faciès », un fait considéré comme particulièrement alarmant au regard du principe constitutionnel de non-discrimination et des garanties procédurales fondamentales. À Lubumbashi, le journaliste et cameraman Stéphane Shisso aurait été enlevé, torturé puis transféré à Kinshasa après la réalisation d’un documentaire sur les infrastructures de la province du Lualaba.

Le consortium évoque également le cas de Martin Mulang, 94 ans, ancien gendarme, arrêté à Lubumbashi puis transféré dans la capitale. Détenu à la Prison militaire de Ndolo dans des conditions qualifiées d’inhumaines, il y est décédé le 16 janvier 2026. Pour Urgence DRC, ce décès illustre une défaillance grave de l’État dans la protection des droits les plus élémentaires et dans le respect de la dignité humaine.

Au-delà de la répression politique alléguée, le consortium a dénoncé la persistance des massacres dans l’Est du pays, notamment en Ituri et dans la région de Beni, attribués aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF). Ces violences continues, combinées à l’impunité, nourrissent un climat de peur et de défiance généralisée.

Urgence DRC estime que la crise actuelle trouve également ses racines dans des déséquilibres structurels profonds : absence de redistribution équitable des ressources minières, pillage et bradage des richesses dans le Grand Katanga, marginalisation persistante des populations locales. Le consortium met en garde contre toute tentative de modification de la Constitution qui fragiliserait le principe d’alternance démocratique et porterait atteinte à l’ordre constitutionnel.

Face à cette situation, les organisations signataires appellent à l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les cas documentés, à la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers d’opinion et au renforcement effectif de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Elles plaident pour une lutte rigoureuse contre l’impunité, la réforme du secteur de la sécurité, la transparence dans la gouvernance des ressources naturelles et la protection effective de l’espace civique. Des sanctions ciblées sont réclamées contre Jean-Claude Bukasa, Jean-Lucien Liongo et Lisette Kabanga, cités dans des actes d’enlèvements et de torture d’opposants et d’officiers militaires.

Tout en soutenant l’idée d’un dialogue national inclusif tel que préconisé par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), le consortium insiste sur la nécessité de garantir strictement le respect du processus constitutionnel et de mettre en place un mécanisme national de réconciliation crédible.

La déclaration est signée par Anicet Katsuva, Victor Tesongo, Palmer Kabeya, Magloire Mwembo, Yori Ndjoli, Lens Omelonga, Abraham Shako et Papitcho Olenga, qui appellent les autorités congolaises, les forces politiques, la société civile ainsi que la communauté internationale à assumer pleinement leurs responsabilités historiques.

En prenant la communauté internationale à témoin, Urgence DRC affirme vouloir rompre le cycle du silence et de l’impunité. Pour ses membres, la défense des droits humains et le respect des principes de bonne gouvernance ne relèvent pas d’une posture partisane, mais constituent une exigence démocratique et une condition indispensable à la stabilité, à la souveraineté et à la dignité du peuple congolais.

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