Le 16 février 2026, Martin Mulang s’est éteint à l’âge de 94 ans. Ancien gendarme katangais et témoin d’une période charnière de l’histoire congolaise, il est mort loin des siens, au terme d’un parcours judiciaire et carcéral qui soulève de sérieuses interrogations sur l’État de droit en République démocratique du Congo.

L’affaire remonte à avril 2023. Atteint d’une neuropathie périphérique sévère, affaibli par l’âge, le nonagénaire quitte Fungurume pour Lubumbashi, à la recherche, selon ses proches, d’un soutien spirituel. Il est interpellé dans une église du quartier Joli Site lors d’une opération sécuritaire visant un lieu de culte identifié sous l’appellation « Kipwilo », où les chants étaient entonnés en kilubakat.

Ses proches soutiennent qu’il n’occupait aucun rôle politique actif. D’origine ruund, Martin Mulang se serait retrouvé emporté dans un climat de suspicion entourant certaines expressions culturelles et identitaires. Après son arrestation, il est transféré à Kinshasa et incarcéré à la prison militaire de Ndolo.

C’est ici que l’affaire prend une dimension éminemment républicaine. Comment un homme de 94 ans, physiquement diminué, incapable de se déplacer sans assistance, a-t-il pu être maintenu en détention dans un établissement pénitentiaire notoirement confronté à des conditions difficiles ? La question dépasse l’émotion. Elle touche au principe de proportionnalité de la détention préventive et au respect de la dignité humaine.

Au Katanga, plusieurs voix dénoncent depuis des années une forme de stigmatisation à connotation politique et sécuritaire. Pour certains acteurs locaux, l’arrestation de Martin Mulang symbolise une confusion préoccupante entre impératif de sécurité nationale et suspicion identitaire. L’affaire, dans ce contexte, n’est pas perçue comme un simple dossier judiciaire, mais comme un symptôme d’un malaise plus profond.

La détention d’un nonagénaire gravement malade pouvait-elle répondre à une nécessité judiciaire impérieuse ? Ou révèle-t-elle un usage excessif, voire mécanique, de l’appareil répressif ? Ces interrogations appellent des réponses claires.

Le décès de Martin Mulang ne clôt pas le débat ; il l’intensifie. Les conditions de sa prise en charge médicale, les motivations exactes de son arrestation et la responsabilité des autorités judiciaires et pénitentiaires méritent un examen transparent et indépendant.

L’affaire met également en lumière les fragilités internes du tissu socioculturel katangais. Associations communautaires, fondations, notabilités : beaucoup sont pointées du doigt pour leur silence ou leur prudence. Cette absence de mobilisation soulève une autre question, celle de la solidarité régionale face aux dérives perçues du régime Tshisekedi .

Plus largement, le cas Mulang rappelle que l’instrumentalisation, réelle ou supposée, des identités demeure un facteur de tension en République démocratique du Congo. Dans un pays dont l’équilibre repose sur la reconnaissance des diversités régionales, toute perception d’injustice ciblée peut raviver des fractures anciennes.

Martin Mulang appartient désormais à l’histoire. Reste à savoir si sa mort deviendra un catalyseur pour un débat national sur les droits des détenus, les garanties judiciaires et la gestion républicaine des diversités.

Car au-delà de l’émotion, c’est bien la crédibilité de l’État de droit qui se trouve mise à l’épreuve.

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