La nouvelle est tombée comme un couperet : la Zambie a coupé l’électricité à la République démocratique du Congo dans les territoires de Sakania, Pweto et Kasenga, au Haut-Katanga, pour non-renouvellement de contrat par la Société nationale d’électricité (SNEL) depuis… 2018.

Oui, 2018.

Un pays-continent, cœur énergétique de l’Afrique centrale, humilié par une coupure pour défaut administratif. Voilà où nous en sommes.

Un scandale national

Comment expliquer qu’un pays qui regorge de barrages hydroélectriques, qui alimente historiquement ses voisins, se retrouve aujourd’hui plongé dans le noir pour une question de paperasse non réglée ?

Le Haut-Katanga, poumon minier stratégique, dépend partiellement de la compagnie zambienne ZESCO pour alimenter certaines cités frontalières. Officiellement, il s’agit d’un choix technique lié à la proximité géographique. Officieusement, c’est le symptôme d’un État défaillant.

Un contrat expiré depuis huit ans.
Des rappels ignorés.
Un préavis de sept jours sans réponse.

Et au final, des populations plongées dans l’obscurité.

Le paradoxe du Grand Katanga : riche en eau, pauvre en gestion

Le Grand Katanga ne manque pas de barrages. Il en compte plus de sept majeurs :

  • Barrage de Busanga (Lualaba) : situé près de Kolwezi, construit pour alimenter principalement les mines et mis en service en 2022. Sa capacité d’environ 240 MW.
  • Barrage de Nseke (Lualaba) : sur le fleuve Lualaba, c’est l’un des plus anciens du Katanga, environ 260 MW.
  • Barrage de Nzilo (Lualaba) : sur le Lualaba, environ 100 MW.
  • Barrage de Mwadingusha (Lualaba) : l’un des plus anciens (époque coloniale), modernisé récemment.
  • Barrage de Koni (Haut-Katanga) : proche de Likasi, sa Production plus modeste.
  • Barrage de Bendera (Tanganyika) : sur la rivière Lufira, approvisionne aussi le sud-est.
  • Centrale de Kyimbi (Haut-Katanga) : une production locale pour certaines zones.

Et pourtant, malgré ces infrastructures, des cités entières dépendent d’un pays voisin pour s’éclairer.

Le vrai problème : gouvernance et désorganisation

Le drame n’est pas technique.
Il est structurel. Réseaux vétustes, transformateurs insuffisants, mauvaise planification, sous-investissement chronique, dépendance minière prioritaire, contrats non suivis.

La RDC produit parfois de l’électricité en haute tension qu’elle envoie en Zambie, pour la récupérer transformée. C’est une absurdité logistique.

Un pays qui vend du cuivre, du cobalt et alimente l’industrie mondiale des batteries ne peut pas justifier l’obscurité de ses propres citoyens.

Une humiliation géopolitique

L’électricité n’est pas qu’une question technique.
C’est une question de souveraineté.

Quand un pays peut vous plonger dans le noir pour défaut administratif, ce n’est plus un simple incident contractuel. C’est une faille stratégique.

Demain, que se passe-t-il si les tensions diplomatiques montent ?
Que se passe-t-il si d’autres fournisseurs régionaux décident de fermer le robinet ?

Un géant énergétique sans vision

Le Congo n’est pas un pays pauvre en énergie.
Il est pauvre en gestion.

Avec le fleuve Congo et le potentiel colossal d’Inga, avec le réseau du Grand Katanga, avec Busanga flambant neuf, dépendre structurellement d’importations pour des cités entières relève d’une faillite politique.

Le Haut-Katanga n’est pas une province marginale.
C’est le cœur minier du pays.
C’est la locomotive économique nationale.

Et pourtant, il fonctionne à crédit énergétique.

La question qui dérange

Comment un État peut-il laisser expirer un contrat stratégique pendant huit ans sans réaction ?

Silence de la SNEL.
Silence du gouvernement.
Et des populations qui paient la facture.

La RDC n’a pas besoin de plus de barrages.
Elle a besoin d’État.

Un pays aussi riche en ressources hydrauliques ne devrait jamais mendier de la lumière.

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