Le Collectif du 16 février a commémoré, lundi 16 février 2026 à Kinshasa, les martyrs de la marche chrétienne pour la démocratie organisée le 16 février 1992. Plus qu’un simple devoir de mémoire, les organisateurs ont voulu faire de cette date un moment de transmission intergénérationnelle et de mobilisation citoyenne face aux défis actuels de la République démocratique du Congo.
Selon eux, cette édition s’inscrit dans une dynamique de continuité historique. Elle vise à honorer l’engagement chrétien qui avait profondément marqué la lutte démocratique congolaise, tout en invitant la jeunesse à s’approprier cet héritage à travers la plateforme « Héritiers du 16 février ».
« Le Collectif du 16 février renouvelle solennellement cet héritage prophétique. Les combats du 16 février 1992 résonnent encore aujourd’hui dans les défis démocratiques contemporains : crise sécuritaire persistante, gouvernance fragile, cohésion sociale mise à l’épreuve et difficultés économiques », a déclaré l’abbé José Mpundu, membre du collectif.
Il a notamment évoqué la situation sécuritaire préoccupante dans l’Est du pays, en particulier dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, où les violences armées persistent depuis plus de trois décennies.
Le collectif a également insisté sur la nécessité de renforcer le rôle des organisations de la société civile et des mouvements citoyens dans la défense des acquis démocratiques. Trente-quatre ans après les événements, les organisateurs estiment que le sacrifice des martyrs demeure « une boussole morale pour la nation ».
Le 16 février 1992 : un tournant majeur
Le 16 février 1992 reste une date charnière de l’histoire politique congolaise. Ce jour-là, à l’appel du Comité laïc de coordination, des milliers de fidèles catholiques avaient organisé à Kinshasa la « Marche de l’Espoir », afin d’exiger la reprise de la Conférence nationale souveraine, suspendue quelques semaines auparavant par le Premier ministre Nguz-a-Karl-i-Bond.
Les manifestants, rassemblés notamment autour de l’église Saint-Joseph de Matonge, dans la commune de Kalamu, avaient défilé pacifiquement, brandissant bougies, rameaux et chapelets, symboles d’une mobilisation non violente inspirée par la foi.
Le régime du maréchal Mobutu Sese Seko avait répondu par une répression brutale. Des tirs à balles réelles, l’usage de gaz lacrymogènes et des arrestations massives, notamment aux abords du Palais du Peuple, avaient fait des dizaines de morts, des centaines de blessés et de disparus. Cet épisode tragique, resté dans les mémoires sous l’appellation de « Dimanche de sang », a profondément marqué la conscience nationale.
Six semaines plus tard, la Conférence nationale souveraine reprenait ses travaux, amorçant un long processus de transition politique qui aboutira, après plusieurs étapes, aux premières élections pluralistes de 2006.
En commémorant cette date, le Collectif du 16 février appelle la jeunesse congolaise à s’engager activement pour la consolidation de l’État de droit et la défense des valeurs démocratiques, afin que le sacrifice des martyrs continue d’éclairer l’avenir du pays.
