À Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, la cheffe adjointe de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo, Vivian van de Perre, a rencontré ce vendredi 13 février les responsables de l’alliance fleuve Congo .

Au centre des échanges : les modalités pratiques de mise en œuvre du mécanisme conjoint de vérification et de suivi du cessez-le-feu, issu de la déclaration de principe adoptée à Doha.

Une étape technique, mais politiquement sensible

Officiellement, la rencontre s’inscrit dans le cadre du suivi des engagements pris en vue d’une désescalade dans le Nord-Kivu. Les discussions ont porté sur l’opérationnalisation du mécanisme conjoint, censé garantir le respect du cessez-le-feu à travers des dispositifs de contrôle, d’alerte et de coordination sur le terrain.

Mais au-delà de l’aspect technique, la séquence est hautement politique. La présence d’un haut responsable onusien face aux cadres de l’AFC/M23 intervient dans un climat de défiance persistante entre Kinshasa et le mouvement rebelle, que les autorités congolaises accusent de bénéficier de soutiens extérieurs, des accusations régulièrement démenties par les pays concernés.

L’AFC/M23 se dit engagé, mais accuse Kinshasa

Dans un message diffusé par son coordonnateur, Corneille Nangaa, l’AFC/M23 affirme réitérer « son engagement à mettre en œuvre, sans délai et de bonne foi, le mécanisme convenu dans le cadre du processus de Doha ». Selon lui, cette démarche s’inscrit dans « une logique de responsabilité politique » et traduit « une volonté sincère d’aboutir à un règlement négocié, durable et inclusif du conflit ».

Le mouvement dénonce toutefois ce qu’il qualifie de « stratégie de fragmentation diplomatique » du pouvoir de Kinshasa, accusé de multiplier les cadres et initiatives parallèles « en marge d’un processus centralisé et consensuel ». Une telle approche, estime l’AFC/M23, affaiblirait la cohérence des efforts de médiation et retarderait l’émergence d’un règlement politique durable.

Plus sévèrement encore, le mouvement accuse les autorités congolaises de poursuivre des « actes de belligérance caractérisés », évoquant des offensives contre des zones densément peuplées, le recours à des mercenaires et des bombardements affectant des civils. Autant d’actions qui, selon lui, constitueraient une rupture « totale » avec les engagements publics pris en faveur du cessez-le-feu.

L’AFC considère par ailleurs que l’adhésion affichée par Kinshasa à l’appel au cessez-le-feu relèverait davantage d’une « manœuvre de communication » que d’un engagement réel, accusant le pouvoir de chercher à « tromper l’opinion nationale et internationale ».

Enfin, le mouvement exprime son inquiétude quant à l’attitude du président burundais, par ailleurs président entrant de l’Union africaine, estimant qu’elle contribuerait à la persistance de violences ciblées contre les communautés banyamulenge. L’AFC/M23 appelle la communauté internationale et les institutions continentales à exercer « une vigilance soutenue » afin de prévenir toute escalade et d’éviter une aggravation des tensions ethniques et de la crise humanitaire.

Goma, épicentre des tensions

La réunion s’est tenue à Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu et symbole des crispations sécuritaires qui secouent l’est congolais depuis la résurgence du M23. Malgré les annonces répétées de cessez-le-feu, les affrontements sporadiques et les déplacements massifs de populations continuent d’alimenter l’instabilité dans la région.

Pour la MONUSCO, engagée dans un processus de retrait progressif du territoire congolais, l’enjeu est double : préserver les acquis sécuritaires tout en soutenant les efforts diplomatiques régionaux et internationaux.

Doha en toile de fond

La déclaration de principe signée à Doha avait suscité un espoir prudent parmi les observateurs. Elle prévoit notamment un mécanisme conjoint de vérification et de suivi destiné à prévenir les violations et à restaurer la confiance entre les parties.

Reste à savoir si sa mise en œuvre effective pourra inverser la dynamique de confrontation observée ces derniers mois. Dans l’est de la RDC, où chaque initiative diplomatique est scrutée avec attention, la rencontre de Goma apparaît comme un test supplémentaire pour la crédibilité du processus en cours.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *