À Beni, dans le Nord-Kivu, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’armée ougandaise, l’Uganda People’s Defence Force (UPDF), engagées dans des opérations conjointes, ont annoncé le lancement d’une campagne de consultations et de soins médicaux gratuits au profit de la population civile. L’initiative prévoit une phase d’enregistrement du 13 au 17 février, suivie d’une prise en charge médicale à partir du 18 février, dans le but affiché de renforcer le « mariage civilo-militaire », selon un communiqué des autorités provinciales.
Sur le papier, l’action se veut humanitaire. Mais dans une ville meurtrie par des années de violences attribuées notamment aux rebelles des Alliés Democratic Forces (ADF), l’annonce suscite autant d’espoir que de scepticisme. Pour plusieurs habitants de Beni, l’opération ressemble davantage à une vitrine médiatique qu’à une réponse durable aux besoins sanitaires locaux. La brièveté de la prise en charge annoncée alimente la méfiance.
Une confusion sur la mission de l’armée
Cette initiative portée par la coalition FARDC–UPDF crée également une certaine confusion dans la communauté quant aux missions réelles de l’armée.
« La mission première de l’armée, c’est la sécurité, pas la santé. On demande aux militaires de traquer les rebelles, pas de remplacer les infirmiers. Soigner une pathologie alors que le sang coule encore dans les champs est un contre-sens total », s’indigne Samson Syavugha, habitant de Beni.
Pour une partie de la population, la durée prévue pour cette campagne n’est pas adaptée à une région où l’accès aux soins est devenu un véritable casse-tête. Beaucoup la qualifient même de simple opération de façade.
« Prévoir seulement deux jours pour soigner une ville comme Beni est une moquerie. C’est une opération de communication pour les caméras, pas une solution de santé publique. On ne gagne pas la confiance d’une population meurtrie avec des comprimés gratuits, mais avec la paix réelle et la fin des massacres », poursuit-il.
Dans un contexte où les structures sanitaires manquent cruellement de moyens, une campagne ponctuelle, même gratuite, apparaît largement insuffisante face à l’ampleur des besoins.
Sécurité d’abord, social ensuite ?
Au cœur des critiques revient une exigence claire : la protection des civils doit rester la priorité. Tant que les attaques se poursuivent dans les villages environnants et que les déplacements forcés continuent, toute action humanitaire menée par l’armée est perçue comme secondaire, voire déplacée.
Le concept de « mariage civilo-militaire » peine ainsi à convaincre une population qui attend avant tout la fin de l’insécurité chronique.
Des soldats eux-mêmes mal pris en charge
« Qu’elles soignent d’abord les militaires blessés au front dont la prise en charge n’est pas encore au top », glisse un autre habitant sous couvert d’anonymat. Une remarque qui met en lumière un paradoxe : même au sein des forces engagées, les conditions de prise en charge médicale restent précaires.
Dans les zones de conflit, les actions civilo-militaires servent souvent à améliorer l’image des forces armées et à gagner la confiance des populations. À Beni, toutefois, la persistance des massacres et l’insécurité rendent ce type d’initiative particulièrement sensible.
Une initiative utile, mais insuffisante
La campagne médicale FARDC–UPDF permettra sans doute de soulager certains patients. Mais elle ne répond ni à la crise sécuritaire profonde du territoire de Beni, ni aux faiblesses structurelles du système de santé local.
Pour une grande partie de la population, le message reste sans équivoque : la paix avant les opérations de charme. Sans sécurité durable, les soins gratuits ne feront pas disparaître la peur et le véritable rapprochement entre civils et militaires restera un slogan plutôt qu’une réalité.
