Au-delà des entreprises multinationales souvent pointées du doigt dans les scandales miniers en République démocratique du Congo, une nouvelle interpellation met directement en cause l’État congolais lui-même. Dans une lettre ouverte adressée à la Société américaine de financement du développement (DFC), la coalition Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) questionne la responsabilité des autorités congolaises dans la persistance de mécanismes contractuels jugés opaques et défavorables aux intérêts nationaux.

La lettre ouverte adressée à la Société américaine de financement du développement (DFC) par la coalition Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) ne met pas uniquement en cause des entreprises étrangères. Elle interpelle directement la responsabilité de l’État congolais dans la gestion et la régulation du secteur minier, accusé de maintenir des mécanismes contractuels opaques et préjudiciables aux finances publiques.

Au centre du dossier figurent les mines de Kamoto Copper Company (KCC) et Mutanda Mining, dont les actifs doivent faire l’objet d’une acquisition partielle par le consortium Orion CMC, avec l’appui potentiel de la DFC. Or, selon la coalition, ces actifs restent liés à Dan Gertler, homme d’affaires sanctionné par les États-Unis depuis 2017 pour corruption liée à ses activités en RDC.

La CNPAV rappelle que les droits à royalties perçus par Dan Gertler sur ces mines découlent de contrats et de décisions validés par des institutions publiques congolaises, notamment la Gécamines et le Trésor public. Malgré les sanctions internationales et les multiples révélations sur les pertes financières subies par le pays, ces mécanismes n’ont pas été remis en cause de manière effective par l’État.

Selon les estimations relayées dans la lettre, la RDC aurait perdu plus d’un milliard de dollars entre 2010 et 2012 dans le secteur minier, un montant qui dépasserait deux milliards de dollars au cours des années suivantes. Pour la coalition, ces pertes auraient pu être évitées si les autorités congolaises avaient exercé un contrôle plus rigoureux et repris la main sur des actifs considérés comme stratégiques.

Le message souligne également la faible application des mécanismes de redevabilité interne. Ni l’annulation des contrats contestés, ni la récupération des royalties jugées illégitimes n’ont été menées à terme. Cette situation permettrait, selon la CNPAV, à un acteur pourtant sanctionné de continuer à bénéficier indirectement des ressources minières congolaises.

En filigrane, la coalition pose une question centrale : celle de la volonté politique réelle de la RDC à rompre avec les pratiques du passé dans la gouvernance minière. Elle estime que tout financement international, y compris celui de la DFC, risque de perpétuer ces dérives tant que l’État congolais ne prendra pas des mesures claires pour assainir durablement le secteur.

La CNPAV appelle ainsi à une responsabilisation accrue des autorités congolaises, condition indispensable, selon elle, pour garantir la transparence, protéger les recettes publiques et restaurer la crédibilité du pays dans ses partenariats miniers internationaux.

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