Lors de l’ouverture du dialogue national rwandais Umushyikirano, à Kigali, le président Paul Kagame a une nouvelle fois situé l’origine des tensions entre le Rwanda et la République démocratique du Congo du côté de la présence des rebelles hutus rwandais des FDLR sur le sol congolais. Il a catégoriquement écarté toute implication de son pays liée à l’exploitation des ressources minières congolaises ou à des ambitions territoriales.
Pour le chef de l’État rwandais, le différend avec Kinshasa repose avant tout sur une question sécuritaire. Il évoque la persistance des FDLR et d’une idéologie qu’il qualifie de génocidaire, estimant que ces groupes constituent une menace directe pour le Rwanda. Paul Kagame a ainsi dénoncé ce qu’il considère comme des accusations infondées, selon lesquelles Kigali serait motivé par l’accès aux minerais ou la conquête de territoires en RDC.
Le président rwandais a soutenu que le conflit à l’Est du Congo n’avait ni été déclenché par son pays ni pris naissance à partir de son territoire, affirmant que ses causes sont connues, sans toutefois entrer dans les détails. Selon lui, les actions menées par le Rwanda relèvent exclusivement de la légitime défense face à des risques sécuritaires qui perdurent depuis le génocide de 1994, et non d’intérêts économiques liés aux ressources naturelles congolaises.
Paul Kagame est également revenu sur les relations entre les autorités congolaises et les FDLR, accusant Kinshasa d’avoir offert refuge et appui à certains de leurs éléments. Il affirme que des combattants auraient été intégrés aux forces armées congolaises, tandis que d’autres coopéreraient avec elles. Réagissant à l’argument selon lequel plusieurs membres des FDLR seraient désormais âgés, il a estimé que la transmission de leur idéologie aux jeunes générations rend la menace toujours actuelle.
Abordant la question des pressions internationales, le président rwandais a adopté un ton ferme face aux sanctions évoquées contre son pays, assurant qu’il ne céderait pas à ce qu’il décrit comme des tentatives d’asphyxie politique. Il a ironisé sur les accusations liées aux minerais, déclarant que si le Rwanda était réellement engagé en RDC pour des raisons économiques, sa richesse serait sans commune mesure avec la situation actuelle du pays.
Contexte régional tendu
Plusieurs rapports des Nations unies, appuyés par des prises de position américaines, accusent le Rwanda d’apporter un soutien militaire au mouvement armé M23, contribuant à l’aggravation de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Des experts onusiens évoquent une assistance directe de Kigali, tandis que le Conseil de sécurité de l’ONU a appelé au retrait des troupes rwandaises du territoire congolais et à la fin de tout appui aux rebelles.
À New York, les États-Unis ont accusé le Rwanda d’alimenter l’escalade régionale en fournissant formation, logistique et combattants au M23, en dépit d’engagements diplomatiques pris dans le cadre d’initiatives de paix. Washington a par ailleurs annoncé des sanctions ciblées contre certains responsables rwandais pour leur rôle présumé dans la crise.
De son côté, Kigali rejette fermement l’ensemble de ces accusations, niant tout soutien au M23 et réaffirmant son attachement aux efforts de paix et de stabilité dans la région des Grands Lacs.
