Les habitants de Kinshasa disposent désormais d’un délai précis pour se mettre à jour dans le paiement de l’impôt foncier et de l’impôt sur les revenus locatifs (IRL). Le gouvernement provincial a fixé au 1er février 2026 la date limite, après laquelle des opérations de recouvrement forcé seront engagées.

L’annonce a été faite mardi 26 janvier par le ministre provincial des Finances, de l’Économie et du Numérique, dans un contexte de mobilisation accrue des recettes propres de la ville, visant à renforcer les capacités financières de l’administration et soutenir les politiques publiques locales.

Une pression fiscale dans un contexte social fragile

Si la mesure s’inscrit dans une logique de gouvernance financière, elle intervient dans un contexte socio-économique sensible. Une grande partie de la population vit dans l’informel, avec des revenus irréguliers et difficilement traçables. Le secteur locatif, largement non structuré, comporte souvent des baux informels et des mécanismes fiscaux peu clairs.

Cette situation alimente inquiétudes et tensions, notamment chez les petits propriétaires, les bailleurs informels et les ménages à faibles revenus, déjà confrontés à la hausse du coût de la vie et à la précarité économique.

Entre nécessité budgétaire et acceptabilité sociale

Pour les autorités, l’enjeu est de renforcer les recettes locales pour financer les services urbains : voirie, assainissement, éclairage public, gestion des déchets et infrastructures sociales.

Mais sur le terrain, la question de l’acceptabilité fiscale demeure centrale. La confiance des citoyens est fragilisée par la faiblesse des services publics, la perception d’une mauvaise gestion des fonds et le manque de visibilité sur l’utilisation concrète des recettes fiscales.

Le risque d’une fiscalité perçue comme punitive

Le recours au recouvrement forcé soulève un enjeu politique autant que financier : comment faire respecter l’impôt dans une ville où les services de base restent insuffisants ?

Sans pédagogie fiscale, sans transparence et sans amélioration visible des services urbains, la contrainte fiscale risque d’être perçue comme une sanction plutôt que comme un devoir citoyen. Dans une ville marquée par inégalités, informalité et précarité, l’application mécanique de mesures coercitives peut accentuer les tensions sociales et renforcer la défiance envers les institutions.

Une réforme qui appelle à l’équilibre

La mobilisation des recettes locales est nécessaire pour toute gouvernance urbaine efficace, mais elle doit s’inscrire dans un pacte social clair : paiement de l’impôt contre services publics visibles, gestion transparente et résultats concrets pour les citoyens.

À l’approche de l’échéance du 1er février 2026, la réussite de cette mesure dépendra autant de la capacité de la ville à faire respecter la loi que de sa capacité à restaurer la confiance entre administration et habitants.

Au-delà du recouvrement, c’est le contrat fiscal urbain qui est en jeu : un lien entre impôt et amélioration réelle des conditions de vie des Kinois.

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