Les enlèvements ciblés, la détention au secret et l’intimidation politique replacent la RDC sous le regard critique de la communauté internationale.
Dans un appel urgent rendu public mercredi 21 janvier 2026 depuis Bruxelles, la Ligue internationale des volontaires pour la défense des droits de l’homme et de l’environnement (LISVDHE) conduite par Anicet Katsuva, tire la sonnette d’alarme sur les dérives attribuées au Conseil national de cyberdéfense (CNC), présenté comme un nouvel instrument de répression politique en République démocratique du Congo.
Une vague d’enlèvements qui inquiète
Selon la LISVDHE, depuis près de deux mois, la RDC est marquée par une série d’enlèvements et d’arrestations extrajudiciaires visant principalement des opposants politiques, des acteurs de la société civile et des journalistes. Ces opérations seraient menées sans mandat, souvent de nuit, avec usage disproportionné de la force, suivies de disparitions temporaires ou prolongées.
Parmi les cas emblématiques cités figurent :
- Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du PPRD, enlevé à son domicile en décembre 2025 ;
- Parole Kamizelo, dit Maîtrisable, kidnappé en plein jour à Kinshasa ;
Nathaniel Onokomba, juriste et acteur de la société civile ; - ainsi que Aubin Minaku, Dunia Kilanga et le journaliste John Kabamba.
Pour l’organisation, le point commun de ces victimes reste l’exercice pacifique de leurs libertés d’opinion, d’expression ou d’engagement citoyen.
Le CNC accusé de fonctionner hors de tout cadre légal
Créé pour lutter contre la cybercriminalité, le CNC est aujourd’hui accusé d’avoir dépassé largement son mandat légal. Placé sous la coordination de responsables rattachés directement à la Présidence de la République, l’organe agirait, selon la LISVDHE, comme une structure supra-légale, échappant aux contrôles judiciaires et parlementaires.
Le document dénonce :
- la confusion des rôles (police, juge et service de renseignement) ;
- des interrogatoires hors cadre légal, parfois filmés ;
- des pressions psychologiques, humiliations publiques et allégations de torture ;
- des mises en scène d’« aveux » ou de demandes de pardon assimilées à des pratiques d’intimidation politique.
Une menace directe pour la démocratie
La LISVDHE estime que ces pratiques constituent une atteinte grave à l’État de droit, violant la Constitution congolaise ainsi que les engagements internationaux de la RDC, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Charte africaine des droits de l’homme et la Convention contre la torture.
Dans un contexte déjà marqué par les tensions post-électorales et les défis sécuritaires à l’Est du pays, l’organisation avertit que la criminalisation de la dissidence et la réduction au silence de la presse pourraient accélérer un glissement autoritaire.
Un appel clair à la communauté internationale
Face à ce qu’elle qualifie de violations graves et répétées, la LISVDHE interpelle :
- l’État congolais, appelé à suspendre toute opération illégale du CNC, à révéler le sort des personnes enlevées et à restaurer la procédure pénale normale ;
- les institutions judiciaires, invitées à ouvrir des enquêtes indépendantes ;
- les partenaires internationaux, sommés d’exiger le respect des droits humains et d’envisager, si nécessaire, des sanctions ciblées contre les auteurs et commanditaires ;
- les bailleurs de fonds, rappelés à un principe central :
« La démocratie ne finance pas ceux qui la détruisent. »
Un avertissement sans équivoque
En conclusion, la LISVDHE prévient que les pratiques actuelles du CNC pourraient être portées devant les mécanismes régionaux et internationaux de protection des droits humains, notamment pour faits de torture, traitements inhumains et disparitions forcées.
Dans une RDC en quête de stabilité et de crédibilité internationale, cet appel urgent sonne comme un test majeur pour la gouvernance démocratique, à l’heure où la communauté internationale réévalue ses partenariats au regard du respect de l’État de droit.
