Sous Joseph Kabila, Kalev Mutond avait déjà montré ce qu’un appareil de sécurité sans contrôle pouvait devenir : enlèvements, arrestations arbitraires, intimidation des opposants et surveillance massive. À l’époque, ces dérives avaient valu à la RDC de vives critiques, et à Kalev Mutond des sanctions de la communauté internationale.
Vingt ans plus tard, Lisette Kabanga semble marcher sur les mêmes traces, mais dans le domaine de la cyberdéfense. À la tête du Conseil national de cyberdéfense (CNC) sous Félix Tshisekedi, elle dispose d’outils numériques bien plus puissants que ceux de Kalev. Sur le papier, sa mission est essentielle : protéger les systèmes de communication, sécuriser les infrastructures critiques et renforcer les capacités de l’État en matière de cybersécurité. Pourtant, selon plusieurs ONG, des enlèvements, interpellations et détentions en violation de la Constitution seraient déjà signalés. Le CNC apparaît alors comme un nouvel instrument de coercition, calqué sur le modèle de Kalev, mais plus performant et surtout plus invisible.
Les rapports des ONG et de la société civile dressent un tableau préoccupant : arrestations arbitraires, détentions illégales, surveillance étendue de citoyens, de journalistes, de militants et d’opposants, ainsi qu’une opacité persistante dans les procédures. Les mêmes mécanismes de concentration du pouvoir qui inspiraient la peur sous Kalev semblent aujourd’hui se reproduire dans le cyberespace, avec un potentiel de contrôle encore plus large.
Plus grave encore, alors que Kalev Mutond avait été sanctionné pour ses excès, Lisette Kabanga semble bénéficier d’un silence troublant. Les partenaires internationaux, pourtant prompts à défendre les droits fondamentaux, observent sans réagir. Ce double standard interroge : la cybersécurité est-elle devenue un alibi pour l’impunité et le contrôle politique ?
La cybersécurité ne peut ni ne doit servir de couverture à l’arbitraire. Le CNC se trouve à la croisée des chemins : poursuivre sur la voie tracée par Kalev ou s’imposer comme un modèle de transparence, de légalité et de protection des citoyens.
Les ONG, la presse et la communauté internationale ont la responsabilité de rappeler que la sécurité de l’État ne justifie jamais la violation de la loi. Il est temps de rompre avec les vieux réflexes et de faire de la cybersécurité un outil au service des Congolais, et non un instrument d’intimidation.
À titre de rappel, l’ancien chef de l’Agence nationale de renseignement (ANR) Calev Mutomb, sous Joseph Kabila, fait l’objet des sanctions des États-Unis d’Amérique et de l’Union Européenne. Il est en fuite, recherché pour des nombreux abus et violations des droits de l’homme en RDC.
