Ce qui devait être une opération de sécurité s’est transformé en carnage.

À Bukama, le dimanche 11 janvier 2026, au moins onze civils ont été abattus, plusieurs autres grièvement blessés et des dizaines arrêtés lors d’une intervention militaire d’une brutalité aveugle.

Depuis, l’État se mure dans le silence, aggravant l’indignation et le sentiment d’abandon.

Une arrivée qui ne laissait rien présager

Tout commence le samedi 10 janvier, avec l’arrivée d’un convoi de soixante militaires. Informée à l’avance, l’administration territoriale prend soin de préparer leur accueil. Les soldats sont nourris et logés.

Personne ne se doute que, quelques heures plus tard, ces hommes sèmeront la mort.

La violence éclate sans avertissement

Dimanche matin, la cité se réveille sous des tirs d’armes légères et lourdes dans le quartier Kisangawabioni.

La panique se propage.

Les militaires, accompagnés de responsables locaux — ANR, DEMIAP, administrateur adjoint et un civil nommé Dieumerci — lancent des perquisitions brutales, sous prétexte d’identifier des Maï-Maï Bakatakatanga.

Aucun mandat, aucune coordination avec l’administrateur ni avec la police locale : la force brute comme méthode.

Des civils ciblés, des autorités impuissantes

L’administrateur du territoire, encore convalescent, tente de comprendre et d’apaiser la situation.

Il échappe de peu à la mort, confondu avec un civil hostile.

Même le colonel de police Pierre et le major Wamiketo ne parviennent pas à stopper les militaires, visiblement hors de tout contrôle hiérarchique.

Le bilan humain est accablant :

  • un handicapé physique,
  • un sourd-muet,
  • une personne souffrant de troubles mentaux,
  • plusieurs pêcheurs touchés par balles perdues,
  • des chefs coutumiers interpellés sans motif.

Pas de rebelles. Uniquement des civils désarmés.

Une opération bâtie sur une rumeur

L’administration locale l’affirme : aucun signalement Maï-Maï n’a jamais été transmis.

La seule “information” avancée : un guérisseur traditionnel aurait été dénoncé comme un « féticheur » préparant mystiquement des jeunes pour la guerre.

En clair : des vies ont été balayées sur la base d’un ragot.

Silence radio à Kinshasa

Aujourd’hui encore :

  • les personnes arrêtées restent détenues dans des lieux inconnus,
  • aucune charge n’est communiquée,
  • aucune enquête n’est annoncée,
  • pas un mot des autorités nationales,
  • pas même un message de condoléances aux familles.

La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) garde elle aussi un silence glacial.

Face à un massacre perpétré par des forces régulières, l’absence de réponse devient un aveu : celui d’un État qui sait mais refuse d’assumer.

À Bukama, les familles pleurent.

Et le mutisme officiel, lui, tue une seconde fois.

Parce qu’après les balles, ce silence est la dernière violence infligée aux victimes :

l’oubli, le déni et l’impunité.

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