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L’organisation congolaise de défense des droits humains JUSTICIA Asbl tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur les dérives graves et répétées du Conseil national de la Cyberdéfense (CNC), une structure stratégique rattachée à la Présidence de la République. Dans un communiqué de presse rendu public à Kinshasa, l’ONG affirme que plus de 10 000 personnes auraient été arbitrairement arrêtées, enlevées et détenues dans des conditions inhumaines depuis la création de ce service en 2023.

Initialement conçu pour coordonner les services de cyberdéfense et de renseignement afin de lutter contre les cyberattaques, le CNC se serait progressivement transformé, selon JUSTICIA Asbl, en un instrument de répression politique, ciblant indistinctement opposants, journalistes, défenseurs des droits humains et simples citoyens.

Des détentions arbitraires et clandestines

JUSTICIA Asbl dénonce des arrestations opérées en dehors de tout cadre légal, suivies de détentions secrètes dans des conditions assimilables à des traitements cruels, inhumains et dégradants. Les victimes seraient privées de l’assistance de leurs avocats, du contact avec leurs familles ainsi que de l’accès à leurs juges naturels.

Plus alarmant encore, certaines personnes seraient détenues dans des maisons résidentielles privées ou dans des chambres d’hôtel, en violation flagrante des lois nationales et des conventions internationales ratifiées par la République démocratique du Congo.

Le cas emblématique du journaliste Stéphane Shisso

Parmi les cas récemment documentés figure celui de Stéphane Shisso, journaliste et caméraman basé à Lubumbashi. Selon JUSTICIA Asbl, il a été arrêté puis détenu au camp militaire Kimbeimbe de la Garde républicaine avant d’être transféré à Kinshasa. Il serait actuellement détenu dans un cachot clandestin du CNC, où il aurait subi des actes de torture.

Son seul « tort », d’après l’organisation, serait d’avoir réalisé un documentaire sur les infrastructures de la province du Lualaba. Civil de son état, Stéphane Shisso incarne, aux yeux de JUSTICIA Asbl, la criminalisation croissante du journalisme et de la liberté d’expression en RDC.

Un système soutenu au sommet de l’État

JUSTICIA Asbl estime que la persistance de ces violations s’explique notamment par le soutien politique dont bénéficierait le CNC au plus haut niveau de l’État. Cette situation rendrait toute tentative de recours interne illusoire pour les victimes et leurs familles.

Face à ce qu’elle qualifie de « mission ambivalente et dangereuse », l’organisation appelle à une remise en cause profonde de l’existence même du CNC.

Un appel à la communauté internationale

Dans son communiqué, JUSTICIA Asbl interpelle directement les partenaires de la RDC, notamment l’Union africaine, l’Union européenne, les Nations Unies et le gouvernement des États-Unis, afin qu’ils engagent un plaidoyer ferme auprès des autorités congolaises.

L’ONG exige :

  • la suppression pure et simple du Conseil national de la Cyberdéfense ;
  • la libération immédiate de toutes les personnes enlevées et détenues arbitrairement ;
  • et que justice soit rendue à toutes les victimes de ces violations graves des droits humains.

Pour JUSTICIA Asbl, le silence ou l’inaction face à ces dérives reviendrait à cautionner une politique de terreur incompatible avec l’État de droit et les engagements internationaux de la République démocratique du Congo.

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