L’attaque survenue le 11 janvier à Bukama, dans la province du Haut-Lomami, ne cesse de susciter tensions et interrogations à Kinshasa. Alors que les autorités ont présenté l’évènement comme une confrontation avec des miliciens séparatistes, plusieurs voix de l’opposition contestent la version officielle, affirmant que des civils désarmés figurent parmi les victimes.
Un récit gouvernemental remis en cause
Selon les FARDC, l’incident résulte d’une offensive de miliciens Bakata Katanga contre une position des forces loyalistes, ce qui aurait entraîné une riposte ayant coûté la vie à plusieurs assaillants. Des sources administratives locales évoquent toutefois un bilan mixte, incluant des civils tués et blessés, ce qui alimente les soupçons.
Cette divergence de versions a rapidement basculé dans l’arène politique nationale.
Olivier Kamitatu parle de « mensonge d’État »

Olivier Kamitatu, figure de l’opposition et ancien ministre, a été parmi les premiers à réagir publiquement. Dans une déclaration largement relayée sur les réseaux sociaux, il qualifie l’événement non pas d’accrochage militaire, mais de massacre :
« À Bukama, des éléments des FARDC ont ouvert le feu sur des civils désarmés hommes, femmes et enfants fauchés par ceux qui avaient juré de les protéger.
Le pouvoir a menti. Ce n’est pas une erreur de communication, mais un mensonge d’État. »
Kamitatu situe cet épisode dans une dynamique plus large qu’il décrit comme une série de violences contre les populations du Katanga, de Lubumbashi à Kilwa, en passant par Kasenga et Luilu dénonçant un processus de répression systémique à l’égard d’une province jugée stratégique et politiquement sensible.

Néhemie Mwilanya évoque des « crimes de guerre »
L’ancien directeur de cabinet du président Joseph Kabila, Néhemie Mwilanya, est allé plus loin encore dans sa dénonciation. À propos des vidéos circulant depuis Bukama, il écrit :
« Les images qui viennent de Bukama sur les exécutions sommaires des populations civiles sont insoutenables.
Des crimes de guerre tout faits. Le comble, c’est que l’Armée nationale en endosse la responsabilité.
À la justice pénale internationale de s’assumer. »
En appelant la CPI à intervenir, Mwilanya inscrit l’incident dans un registre judiciaire international, marquant une escalade politique dans le traitement public de l’affaire.
Une pression politique croissante
Plusieurs partis et organisations de la société civile réclament désormais :
• une commission d’enquête indépendante incluant des ONG et observateurs neutres ;
• la publication d’un bilan officiel précis ;
• la protection des populations katangaises contre ce qu’ils décrivent comme « militarisation punitive ».
D’autres acteurs, plus prudents, appellent à attendre des vérifications de terrain avant toute conclusion définitive.
Un dossier explosif pour Kinshasa
L’affaire de Bukama risque de devenir un test de crédibilité pour le gouvernement :
• sur sa capacité à fournir des informations transparentes,
• à garantir le respect du droit international humanitaire,
• et à maintenir la confiance d’une population déjà éprouvée par les conflits.
Quelle que soit la vérité finale, l’événement confirme un fait : la question sécuritaire dans le Grand Katanga demeure un foyer inflammable, où chaque épisode de violence peut rapidement devenir un enjeu national.

