Depuis la fin de l’année dernière, les cours d’eau de la République démocratique du Congo sont devenus le théâtre d’une tragédie récurrente. De Mbandaka à l’Ituri, en passant par Mai-Ndombe, le Kasaï, Kinshasa et la rivière Lulonga, au moins six naufrages ont été enregistrés en l’espace de trois mois, laissant derrière eux des dizaines de morts et des familles plongées dans le deuil.

À chaque fois, le scénario se répète avec une constance glaçante, des embarcations délabrées, chargées bien au-delà de leur capacité, dépourvues de gilets de sauvetage, naviguant souvent de nuit sur des eaux imprévisibles. Ces traversées se transforment en pièges mortels, dans une indifférence qui frôle l’acceptation de l’inacceptable.

Pourtant, le transport fluvial constitue une artère vitale du pays. Il relie les zones enclavées, soutient les échanges commerciaux et permet à des milliers de Congolais de se déplacer. Mais faute de régulation et de contrôle, cette nécessité quotidienne s’est muée en menace permanente. Ces drames ne relèvent plus du hasard : ils révèlent un système laissé à l’abandon.

L’absence de contrôle des embarcations, le laxisme dans l’application des normes de sécurité et le silence des autorités compétentes aggravent une situation déjà alarmante. Les passagers embarquent sans garantie, les pirogues quittent les quais sans autorisation formelle, et l’État se contente trop souvent d’observer les conséquences, sans prévenir les causes.

Face à cette série noire, une interrogation demeure : qui répond de ces morts évitables ? Qui assume la responsabilité politique et administrative de ces pertes humaines ? Le mutisme du ministère des Transports, en l’absence de mesures visibles, de sanctions ou de plan d’urgence, soulève de sérieuses questions sur la gouvernance du secteur.

L’heure n’est plus aux messages de compassion après chaque naufrage. Elle est à l’action concrète. Chaque jour sans réforme expose davantage de vies. Chaque embarcation non contrôlée est un danger flottant. Chaque drame est un échec collectif.

La population congolaise attend des réponses claires et des décisions fortes, notamment :

l’identification et l’enregistrement systématique des embarcations ;
l’interdiction stricte des pirogues non conformes ;
le renforcement des patrouilles de sécurité sur les principaux axes fluviaux ;
des campagnes nationales de sensibilisation à la sécurité ;
la mise en place d’un mécanisme d’urgence pour l’équipement en gilets de sauvetage.
Les fleuves ne tuent pas. C’est l’inaction qui condamne. Il est urgent de mettre fin à la banalisation de ces drames et de replacer la protection de la vie humaine au cœur des politiques publiques. Un État qui tarde à réagir face à des morts annoncées, renie sa responsabilité, celle de la protection des populations.

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