Le 4 janvier 1959 demeure l’un des moments fondateurs de l’histoire politique du Congo. Pour le Front Démocratique Africain (FDA), cette date ne saurait être réduite à une simple émeute coloniale : elle marque le point de bascule où la revendication de l’indépendance devient une force populaire irrésistible, imposée par les masses congolaises face au pouvoir colonial belge.

L’Afrique en mouvement, l’ordre colonial fragilisé

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les peuples africains, qui ont combattu dans les rangs des puissances coloniales contre le nazisme, refusent désormais toute forme de domination. Sur le continent, les luttes d’émancipation se multiplient.

La France, alors à la tête de 17 colonies africaines, choisit une stratégie d’anticipation. Sous l’impulsion du général Charles de Gaulle, elle accorde des indépendances progressives, encadrées par la loi-cadre Defferre de 1956, afin d’éviter des conflits armés comparables à ceux de l’Algérie ou du Cameroun. Ces évolutions culminent avec l’indépendance du Ghana de Kwame Nkrumah en mars 1957, événement qui galvanise les mouvements nationalistes africains.

Le Congo belge face à l’inévitable

Au Congo belge, ces avancées régionales suscitent une prise de conscience croissante. Pourtant, l’administration coloniale reste figée dans un paternalisme assumé, affirmant avoir « placé l’économie avant la politique ».

Le plan d’émancipation sur trente ans proposé en 1956 par le professeur Van Bilsen, pourtant modéré, inquiète profondément les milieux coloniaux. L’idée même d’une autonomie progressive apparaît comme une menace pour l’ordre établi.

L’Exposition universelle de Bruxelles de 1958 marque toutefois une rupture. Près de 700 Congolais – chefs coutumiers, soldats, journalistes, religieux ou fonctionnaires – y participent. Les échanges directs, sans intermédiaires coloniaux, favorisent l’émergence d’une conscience nationale et l’idée d’un mouvement politique unifié.

Lumumba et la rupture du discours

Parmi ces participants figure Patrice Emery Lumumba. À Bruxelles, il se rapproche des cercles anticolonialistes et apprend la tenue prochaine de la Conférence des Peuples Africains à Accra. De retour au pays, il fonde le Mouvement National Congolais (MNC) le 5 octobre 1958.

Le 28 décembre 1958, lors d’un meeting populaire à la place YMCA de Kalamu, Lumumba réclame ouvertement l’indépendance immédiate du Congo. Devant une foule de plus de dix mille personnes, il affirme que l’indépendance n’est pas un cadeau de la Belgique, mais un droit arraché par le peuple. Pour l’administration coloniale, ce discours marque une rupture sans précédent.

4 janvier 1959 : de la contestation à l’insurrection

Le 4 janvier 1959, l’ABAKO tente à son tour d’organiser un meeting au même endroit. L’interdiction de dernière minute décidée par les autorités coloniales met le feu aux poudres. Incapables de disperser une foule déjà mobilisée, les forces de l’ordre interviennent.

Les affrontements dégénèrent rapidement. Les tirs de la police, la riposte des manifestants, puis l’entrée en scène de supporteurs du Victoria Club transforment la contestation en une insurrection urbaine. En quelques heures, Léopoldville s’embrase : Kalamu, Ngiri-Ngiri, Kintambo, Saint-Jean et Dendale sont touchés. Les symboles de l’ordre colonial deviennent des cibles.

Répression sanglante et point de non-retour

L’armée coloniale est déployée pour rétablir l’ordre. Entre le 4 et le 10 janvier 1959, la répression fait entre 400 et 700 morts du côté congolais, tandis que les Européens ne comptent que des blessés.

Mais la violence révèle aussi une fracture irréversible : des soldats congolais refusent de tirer sur la population et alertent leurs camarades en province. De Matadi à Kisangani, de Kamina à Kananga, les garnisons entrent en agitation.

Le message du FDA à la jeunesse

Pour Eva Lumanisha, le responsable secrétariat politique du mouvement , l’insurrection du 4 janvier 1959 démontre une vérité fondamentale : la libération du Congo est l’œuvre du peuple lui-même. Elle confirme que l’histoire se fait lorsque les idées deviennent l’énergie des masses.

Plus de six décennies plus tard, le FDA appelle la jeunesse congolaise à préserver cet héritage, à défendre la souveraineté nationale et à rester vigilante face aux nouvelles formes de domination. Le 4 janvier 1959 demeure ainsi un rappel puissant : l’indépendance du Congo n’a jamais été offerte. Elle a été conquise au prix du sacrifice.

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