Dans une déclaration rendue publique ce lundi 22 décembre, le Front Démocratique Africain (FDA), par la voix de son président et porte-parole Albert Mukulubundu, dénonce ce qu’il qualifie de « versatilité » du président Félix Tshisekedi, qui serait selon lui engagé dans une répression systématique contre les opposants, les activistes et certains journalistes. L’organisation pointe notamment quatre cas emblématiques : Emmanuel Shadary, John Kabamba, Parole Kamizelo et Mawesi, présentés comme des victimes d’arrestations arbitraires, d’enlèvements ou de disparitions inquiétantes.
Promesses non tenues et dérive autoritaire, selon le FDA
Le FDA reproche au chef de l’État de n’avoir pas tenu les engagements proclamés en 2018 : fermeture des cachots clandestins, fin des détentions illégales et respect des droits fondamentaux. À la place, il dénonce un glissement vers une « dictature mobutiste » caractérisée par des arrestations nocturnes, la chasse aux opposants et le musellement des voix critiques.
Le mouvement , rappelle également les assassinats non élucidés du général Delphin Kahimbi et de l’ancien ministre Chérubin Okende, ainsi que les arrestations d’autres figures politiques ou de société civile — Mike Mukebayi, Jacky Ndala, Seth Kikuni ou Xavier Malutama — qu’il considère comme une stratégie d’intimidation généralisée.
Quatre cas qui interpellent : Shadary, Kabamba, Kamizelo, Mawesi
- Emmanuel Ramazani Shadary : interpellation musclée dénoncée comme un enlèvement
Eva Lumanisha, responsable secrétariat politique, affirme que Shadary a été arrêté dans la nuit du 16 décembre, entre 3h30 et 4h du matin, à son domicile de Kinshasa, par des hommes en uniforme. L’opération, menée sans communication officielle, est qualifiée d’« enlèvement » par son parti. Sa femme, profondément choquée, a manifesté publiquement pour dénoncer la disparition de son mari et réclamer des explications.
- John Kabamba : neutralisation médiatique et harcèlement ciblé
Le journaliste John Kabamba n’a pas été arrêté physiquement, mais il a subi une interdiction médiatique de 90 jours, mesure dénoncée comme une tentative de l’étouffer.
Selon le FDA, cette sanction s’accompagne d’un harcèlement politique destiné à dissuader les journalistes d’aborder certains sujets sensibles.
- Parole Kamizelo : enlevé depuis le 6 décembre dans l’enceinte de l’UPN
L’activiste étudiant Parole Kamizelo a été enlevé le 6 décembre à l’intérieur même de l’Université Pédagogique Nationale (UPN).
Des témoins affirment qu’il a été embarqué par des hommes non identifiés, sans mandat ni procédure. Depuis, aucune autorité n’a reconnu l’opération, et son sort reste inconnu, créant un climat de peur dans les milieux universitaires.
- Mawesi : porté disparu depuis novembre, la mère brise le silence
Le jeune Mawesi est porté disparu depuis novembre. Sa mère a pris la parole publiquement pour alerter l’opinion et exiger la libération de son fils. Pour le FDA, cette disparition illustre la montée des enlèvements silencieux et des détentions secrètes visant à intimider les critiques du régime.
Le FDA insiste sur la nécessité d’actions concrètes
Le FDA reconnaît que les condamnations verbales existent mais estime qu’elles ne suffisent plus. Il reproche à une partie de l’opposition dite « républicaine » — qualifiée d’« opposition ya pete » par Tshisekedi — de manquer de stratégie, de cohésion et de capacité à organiser une riposte structurée. Le mouvement appelle les forces lumumbistes, mulelistes et kabilistes à sortir de ce qu’il décrit comme une « fascination rampante » pour un régime à façade libérale mais au fonctionnement autoritaire.
Un besoin urgent : structurer un dispositif de soutien aux victimes
Face à la multiplication des enlèvements, arrestations arbitraires et disparitions, le FDA pose une question lourde :
« À qui le prochain tour ? » Il appelle les organisations de défense des droits humains à :
mettre en place un comité de soutien pour les victimes et leurs familles, exiger publiquement la libération ou la clarification du sort des personnes disparues, ouvrir un front médiatique pour documenter et relayer ces cas, constituer un collectif d’avocats pour démontrer le caractère arbitraire des détentions,
saisir l’Union africaine, l’Union européenne, les Nations unies et les grandes ONG internationales.
À travers cet appel, le FDA souhaite structurer une réponse forte, coordonnée et efficace face à ce qu’il considère comme une dérive généralisée du pouvoir.

