Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a réagi avec force à la gestion de la crise sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC. Dans une déclaration publiée sur X, il dénonce des initiatives diplomatiques « éloignées du peuple congolais » et « sans capacité à produire une paix durable », visant particulièrement les processus de Washington et de Doha.

Des processus opaques et coupés des réalités congolaises

Pour Denis Mukwege, les cadres négociés à l’étranger reproduisent un vieux schéma où « l’avenir du Congo se décide loin des Congolais ». Il estime que ces initiatives servent davantage des intérêts économiques extérieurs que la résolution des causes profondes de la guerre.
Selon lui, l’Accord-cadre de Doha n’apporte aucune garantie réelle, car il manque de mécanismes contraignants, de calendrier et de transparence. La poursuite des violences du M23 et de l’AFC malgré les engagements annoncés illustre, dit-il, une dynamique « de pourparlers qui n’arrêtent pas la guerre ».

Un conflit régional mal compris

Mukwege rappelle que la crise est éminemment régionale et ne peut être traitée comme une simple confrontation entre Kinshasa et Kigali. Il souligne le non-retrait des troupes rwandaises et leur contrôle persistant sur les opérations du M23, en violation de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU.
Il parle d’une « occupation de fait », alimentée par la convoitise autour des ressources naturelles du Kivu.

Populations exclues : un obstacle majeur à toute paix durable

L’un des points centraux de sa critique est l’absence quasi totale des communautés locales dans la recherche de solutions.
Selon Mukwege, les initiatives actuelles laissent les populations « spectatrices de leur propre destin ». Le massacre récent d’Irhambi/Katana, où 22 civils ont été tués, illustre selon lui l’écart abyssal entre les discours diplomatiques et le vécu quotidien des Congolais.

Vérité, justice, responsabilité : les fondements indispensables

Mukwege affirme qu’aucun accord ne pourra aboutir sans s’appuyer sur trois piliers :

la vérité, pour documenter les crimes et briser l’impunité ;

la justice, pour poursuivre les auteurs et reconnaître les victimes ;

la responsabilité, aussi bien des acteurs congolais que régionaux et internationaux.

Il insiste surtout sur l’inclusion des populations, indispensable pour identifier des solutions légitimes et durables. Sans cela, prévient-il, chaque accord restera « un non-événement ».

Un appel à la souveraineté citoyenne

Denis Mukwege invite les Congolais à refuser d’être « la variable d’ajustement » des stratégies géopolitiques et à reprendre le contrôle de leur destin. Il exhorte la communauté internationale à imposer des sanctions, à exiger le retrait des forces étrangères et à démanteler les administrations parallèles qui alimentent la crise.

Tant que les intérêts miniers primeront sur les droits humains, conclut-il, « aucune paix véritable ne pourra s’installer ».

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