Il y a un moment où le dépassement cesse d’être une irrégularité pour devenir une provocation.
Le dépassement budgétaire de près d’un milliard de dollars américains à la Présidence de la république Démocratique du Congo, n’est plus un simple écart comptable : c’est une insulte politique, une gifle à un peuple qui survit pendant qu’une partie du sommet de l’État semble s’autoriser toutes les largesses, sans justification, sans transparence, sans scrupule.
Dans un pays où l’argent manque pour payer les enseignants, réhabiliter les routes ou équiper les hôpitaux, voir une seule institution la plus proche du pouvoir, exploser ses prévisions financières à ce point relève du cynisme d’État. Les Congolais ne vivent pas un dépassement : ils vivent un débordement. Un débordement d’arrogance, d’opacité et de mépris.
Et c’est dans ce contexte que Claudel Lubaya a jeté un pavé dans la mare.
« Au voleur ! » a-t-il lancé, accusant la Présidence de la République de pratiquer un « détournement systémique » et d’avoir « dilapidé près d’un milliard de dollars » pour entretenir un « train de vie royal ». Selon lui, le slogan “le peuple d’abord” a été troqué contre un “nous d’abord” réservé aux privilégiés du pouvoir.
Ses mots sont tranchants, presque brutaux, mais ils mettent en lumière une vérité que beaucoup murmurent : l’État dépense plus vite qu’il n’explique, et plus qu’il ne supporte moralement.
Un dépassement budgétaire de cette ampleur ne peut être normalisé. Ce n’est pas un incident technique, ce n’est pas une erreur d’imputation, c’est un signal d’alarme.
Et pire encore : c’est un test.
Un test de l’endurance d’un peuple habitué au sacrifice, de la tolérance d’institutions trop silencieuses, de la capacité du pouvoir à avancer sans jamais rendre de comptes.
Le danger n’est pas seulement dans la somme, mais dans l’impunité qui l’entoure. Quand un milliard peut être dépensé sans explication, alors plus rien n’est contrôlé. Ni la dépense publique, ni la parole présidentielle, ni les limites de l’État.
La RDC ne manque pas d’argent, elle manque de vérité.
Et tant que cette vérité sera tenue en otage derrière les murs de la Présidence, chaque dépassement budgétaire sera un pas de plus vers une République qui ne dépasse pas seulement ses budgets mais ses propres principes.
