La zone de santé de Biena, située dans le groupement Mwenye au sein de la chefferie des Bashwagha, territoire de Lubero dans la province du Nord-Kivu, traverse une période particulièrement critique. Depuis plusieurs semaines déjà, ses structures sanitaires sont devenues la cible d’attaques répétées des rebelles ougandais ADF.
Ces incursions ont fait plusieurs victimes, parmi les patients et les agents de santé, certains tués par balles ou armes blanches, d’autres périssant dans des incendies provoqués lors de ces assauts.
Des mesures préventives face à une insécurité persistante
Face à la gravité de la situation, la zone de santé de Biena a décidé de suspendre toutes les activités sanitaires à compter du 15 novembre dernier. La décision a été prise lors d’une réunion urgente de l’intersyndicale des agents de santé.
« Après plusieurs incursions des ADF dans plusieurs villages ciblant nos structures sanitaires, le dernier cas étant celui du centre hospitalier de Biambwe, nous avons pris comme mesure la fermeture de toutes les structures (hôpital, centres et postes de santé) dès ce samedi, jusqu’à des garanties sécuritaires venant des autorités politico-administratives », indique le communiqué de l’intersyndical.
Une décision difficile, aux conséquences directes sur les populations tributaires de ces services, Kasereka Balere, délégué de l’Union nationale des infirmiers du Congo (UNIC), regrette cette situation :
« Cette décision met en péril la vie des bénéficiaires de soins, mais nous n’avons pas d’autre choix. Les services de sécurité restent silencieux alors que l’ennemi continue de cibler nos structures, devenues pour lui un lieu d’extermination de la population », déplore-t-il.
Initialement prévue pour 48 heures, la grève s’est prolongée, faute de réponses des autorités.
« Nous sommes stupéfaits de voir des malades être exécutés sans défense dans nos propres lits. Nous ne pouvons rouvrir qu’une fois que le gouvernement, à travers les services de sécurité, aura pris ses responsabilités », explique le Dr Bahwere, responsable du centre hospitalier Mayba.
Au-delà de l’insécurité : des conditions de travail précaires
En plus de la menace permanente des groupes armés, le personnel de santé de Biena fait face à de multiples contraintes professionnelles. Parmi les difficultés majeures : le manque d’ambulances pour les transferts de malades, l’absence de prise en charge étatique adéquate, ou encore les faibles proportions d’agents accédant réellement aux salaires et primes de risque.
Ces conditions, dénoncées dans leur cahier des charges 2025, constituent une importante source de démotivation et perturbent le fonctionnement normal des structures sanitaires.
Revendications pour améliorer les conditions de travail et les soins
Pour garantir la reprise durable des activités sanitaires, la zone de santé de Biena formule plusieurs demandes à l’endroit du gouvernement congolais :
- la restauration de la sécurité sur toute l’étendue de la zone et autour des structures sanitaires ;
- la mise en place d’un projet d’urgence pour assister les populations locales ;
- l’alignement de tous les prestataires de santé au salaire et à la prime de risque ;
- la dotation d’une ambulance médicale pour faciliter les transferts ;
- l’approvisionnement en médicaments essentiels dans les structures sanitaires.
