Depuis sa cellule de la prison de la Santé à Paris, Roger Lumbala adresse une lettre poignante à Jean-Pierre Bemba, actuel ministre des Transports en RDC. Un courrier à forte charge symbolique, où l’ancien chef de guerre aujourd’hui détenu interpelle un autre ancien chef de guerre, devenu figure centrale du pouvoir. Non pas en tant que ministre, mais comme témoin d’une époque sanglante, où les responsabilités étaient partagées, floues, parfois détournées… mais connues.
Lumbala, poursuivi pour crimes contre l’humanité, se dit abandonné. Il reproche à Bemba son silence, alors même qu’il fut, comme lui, un ancien acteur militaire et politique de premier plan durant les années de guerre. « Vous avez ignoré ma famille », écrit-il, mais surtout, « Vous connaissez la vérité. » Une vérité que la justice française, selon lui, risque de manipuler sans la voix de ceux qui étaient sur le terrain.
En appelant à un témoignage, même à distance Roger Lumbala invite Bemba à assumer un devoir de mémoire. Il le fait aussi au nom de tous les anciens du MLC qui, à ses yeux, pourraient clarifier les faits et éviter que l’Histoire ne soit écrite par les seuls vainqueurs judiciaires ou diplomatiques.
Cette interpellation révèle une fracture : celle entre des acteurs politiques d’hier, que les postes de pouvoir d’aujourd’hui semblent éloigner de leurs responsabilités passées. Entre loyauté ancienne et silence d’État, Jean-Pierre Bemba est placé face à un dilemme moral : répondre ou se taire. Mais dans tous les cas, la lettre de Lumbala rappelle que l’Histoire, elle, n’oublie pas.
