Ah, quelle surprise ! Quelle suspense ! Quel frisson démocratique !

413 voix sur 423 : l’Assemblée nationale a parlé d’une seule voix — probablement la même voix qu’on avait soigneusement réglée à la présidence quelques jours plus tôt. En RDC, la démocratie est tellement fluide qu’elle ne génère même plus de débat. Un vrai bijou d’harmonie… ou d’homogénéité forcée.

La démission de Vital Kamerhe : ouverture pour Boji

Avant l’élection, Vital Kamerhe a choisi de démissionner de la présidence de l’Assemblée nationale, après qu’une pétition massive ait été lancée contre lui par des députés mécontents de sa gestion. Officiellement, Kamerhe parle de « raison de convenance personnelle », mais en coulisses, il s’agissait surtout de désamorcer un vote de défiance et de préparer la voie à son successeur.

Cette sortie marque la fin d’une ère et l’avènement d’un profil jugé plus malléable et aligné avec la majorité présidentielle, ouvrant la porte à l’élection écrasante d’Aimé Boji.

Le Parlement ? Non, une chorale

On aurait pu croire à un vote, mais non. Ce fut plutôt un spectacle musical : tous les députés de la majorité chantant “Oui Chef !” en parfaite synchronisation.

Pas une fausse note, pas un murmure discordant. L’opposition ? Elle devait probablement répéter ailleurs.

Aimé Boji au perchoir : l’élection la plus imprévisible… pour ceux qui n’ont pas suivi la politique congolaise depuis dix minutes

Soyons sérieux : Boji a été élu comme on élit le représentant d’une classe où le professeur a déjà annoncé le résultat avant le vote. Fidèle, discret, malléable : le profil parfait pour présider une Assemblée qui préfère lever la main plutôt que lever la voix.

413 voix : un score qui ferait rêver même les régimes les plus créatifs

On se croirait presque dans un concours :

  • Qui veut gagner un consensus ?
  • Qui veut éviter les ennuis ?
  • Qui veut conserver son fauteuil et sa petite enveloppe ?

Réponse : tout le monde. D’où le score.

Il paraît qu’un député a hésité une seconde — mais il a vite compris que ça ne se faisait pas.

La démocratie congolaise : simple, efficace, sans fioritures

Pourquoi s’encombrer de débats, de contradictions, de divergences d’opinion ? C’est tellement dépassé.

Ici, on préfère un modèle où :

  • l’exécutif propose,
  • l’Assemblée dispose… de son silence,
  • et le Parlement oppose… son absence d’opposition.

Boji pourra-t-il faire bouger les lignes ?

Bien sûr ! À condition que les lignes aient été :

  • approuvées par la haute hiérarchie,
  • validées par l’union sacrée,
  • signées par l’Udps,
  • estampillées par le protocole,
  • et qu’elles ne présentent aucun risque politique, aucun malentendu, aucune ombre de liberté.

Autrement dit : on verra. Peut-être. Un jour. Entre deux consignes.

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